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L'Antichambre - Site de l'émission l'Antichambre sur Radio Ellebore et Radio Canut, émission live, hip-hop culture et mix sessions

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MF Doom

Et si sa toile de fond s’inspire directement des Comics Marvel, ce n’est pas par hasard, mais du fait d’un destin qui ressemble à s’y méprendre à ceux de ces surhommes illustrés dans ces  bandes dessinées nées dans les 60's. Ces supers héros, comme leurs ennemis, ont souvent hérités de leurs pouvoirs par accident, ou suite à une tragédie. Ce fût le cas aussi pour MF Doom.

Né à Londres au début des années 70, d’un père Zimbabwéen et d’une mère Trinidadienne, il s’installe vite avec sa famille à Long Island (NY). Rappeur en herbe nommé Zev Luv X, c’est 3rd Bass qui lui offre sa première apparition discographique. C’est alors au sein de KMD (Kaused in a Much Damaged society) que sa carrière s’engage, avec son petit frère Subroc aux platines, et le MC Onyx. Leur 1er album, Mr. Hood, sort en 1991 chez Elektra. Mais le second, Black Bastards, ne sera jamais édité (en tout cas pas officiellement à l'époque), en raison du décès de Subroc heurté par une voiture ainsi que d’un clash avec Elektra. Zev Luv X se retire alors de la scène, sombre dans la dépression, le désespoir et tombe dans la misère. C’est en tout cas ce que nous avons pu retrouver sur sa tragédie …

Quelques années après, inspirée par le comics « Les 4 fantastiques », et leur ennemi juré Victor Von Doom (aka Doctor Doom, aka Docteur Fatalis), la mutation se produit. C’est la naissance de MF Doom, vengeur anonyme à la face dissimulée derrière un masque de fer, si bien qu’il faudra un certain temps au public pour reconnaître l’ancien Zev Luv X. La première victoire de ce tueur de supers héros remonte à 1999, avec son premier album Operation Doomsday, désormais un classique, sorti sur le label indépendant Fondle'Em. Les samples sont originaux et souvent puisés dans le répertoire des années 70 et 80, à coups de synthés et de lignes de basse lancinantes. Et à l’instar d’un Madlib, on sent qu’il n’a que faire des règles établies, qu’il innove et expérimente. Autant d’associations improbables qui créent le terrain propice à sa voix brute et enrouée. L’ensemble, avec ses interludes tirées de vieilles séries ou de vieux cartoons, et ses morceaux dans le plus pur style old school, dégage une atmosphère parfois sombre, mais décontractée et décomplexée. Et comme si la reconnaissance acquise grâce à cet album avait gonflé ses pouvoirs, plus rien ne pourra alors l’arrêter.

MF Doom - Doomsday :


Pour commencer, il se prend au jeu des alter egos et s’invente d’autres personnages. Tout d’abord Metal Finger, le producteur horticulteur à l’origine des 10 albums d’instrumentaux Special Herbs. Il s’agit d’un recueil de son travail de beatmaker, où chaque titre correspond à une herbe, dont il décrit les vertus avec précision sur les pochettes. Il y aura aussi, parmi d’autres, King Geedorah pour l’album Take Me To Your Leader, ou Viktor Vaughn pour Vaudeville Villain.

Dans sa lutte contre les supers héros, il va aussi se trouver beaucoup d’alliés. Notamment MF Grimm, son compère des débuts, pour un EP commun. En 2004, il s‘allie avec Madlib et le fameux label californien Stone Throw pour Madvillainy, album innovant où les univers de ces deux artistes prolifiques se mêlent à merveille. Il collabore en 2005 avec le producteur montant, Danger Mouse, sur le projet Danger Doom : The Mouse and the Mask, pour un résultat souvent jugé trop parfait mais avec quelques très bons morceaux tels Benzi Box ou Sofa King. La liste est encore longue, et sans rentrer dans les détails nous pouvons citer par exemple Monsta Island Czars, Ghostface meets MF Operation Ironman, MF Doom & The Professor The Prof Meets The Supervillain, MF Doom & Mr. Fantastik FM Mood, …


Mais ce n’est pas tout ! Il se fera aussi plaisir avec les séries Special Blends, albums maison où Doom vient simplement poser des a capela de classiques (Gangstarr, Nas, MOP, Mobb Deep, …) sur ses propres instrus. On retiendra notamment la version de Off The Books des Beatnuts, sur l’instru de Who You Think I Am, à la fin de laquelle il nous rajoute un couplet de Guru (Just To Get A Rep). Dans la série remixes, il s’offrira le remix complet de l’album Nastradamus de Nas, renommé pour l’occasion Nastradoomus.


N’oublions pas, fin 2004, son 2ième album sous le nom de MF Doom sorti sur Rhymesayers, MM…Food, un album où il n’utilise que des métaphores autour de la nourriture. Il y effectue toujours un gros de travail sur les samples, souvent jazzy ou empruntés à de vieilles BO de films, et semble toujours ne se fixer aucunes limites dans l’élaboration des morceaux.

Enfin, outre ses nombreux projets, MF Doom fait des apparitions un peu partout. Nous ne pourrons les citer toutes, mais il est notamment apparu sur des titres de Count Bass D, The Herbaliser, RZA, DJ Numark, Gorillaz, Prefuse 73 ou encore le français Fuzati du Klub des Loosers.

MF Doom feat. Angelika & 4ize - Guinesses :


MF Doom boulimique ? Certainement, mais pour notre plus grand plaisir …

Tout cela nous permet de conclure que MF Doom tient définitivement sa revanche. Il a su remonter la pente malgré les déboires, et même plus que ça. Aujourd’hui reconnu en tant que patron de label (Metal Face Records), producteur, remixeur et rappeur à l’écriture originale, mêlant les mots aussi bien pour leur sonorité que pour leur sens, MF Doom se classe définitivement parmi les favoris de l’Antichambre.
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