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Par Whyninot ; photos : le Brise-Glace
Birdy Nam, Nam, Pourquoi ce nom ?
C’est parti de l’idée de trouver un nom au second degré, parce qu’à l’époque où on tournait on faisait pas mal de compétitions, et pour la majorité des groupes c’étaient des noms très sérieux « turntables machin », « stylus quelque chose » et nous on avait envie de trouver un truc décalé ; et Crazy B.est assez fan de ce metteur en scène qu’est Blake Edwards qui a fait un film qui s’appelle « The Party », d’où est tirée la réplique « Birdy Nam Nam », ou la série des « Panthère rose » avec Peter Sellers, dans les années 60-70. On a beaucoup cherché, essayé des mots-clés et finalement c’est sur cette idée-là qu’on est restés. En fait dans une scène du film « The Party » Peter Sellers joue le rôle d'un Hindou, qui est invité par erreur dans une soirée très chic dans laquelle il ne fait que des bêtises, et à un moment il donne à manger à un oiseau, et son accent Hindou fait qu’il dit « Birdy… nam nam »…
Comment avez-vous travaillé la répartition des instruments entre vous ?
Déjà on travaille toujours tous les quatre ensemble ; tout l’album s’est fait chez Crazy B ; c’est venu piste par piste, on n’a pas maquetté des choses puis enregistré après. On avait tous les 4 une platine et une table branchée et on cherche des sons en même temps et dès qu’il y en a un qui trouve quelque chose il fait écouter aux autres, puis chacun amène un son qui complète pour trouver une atmosphère, une ambiance à ce morceau. Après on enregistre, on fait la piste de basse Il n’y a pas de répartition type untel s’occupera des claviers, tel autre de la basse, on boucle sur 4, 8 ou 16 mesures, tout n’a pas été joué en live, pour un morceau de 3 mn, la batterie a quelque fois été bouclée. On empile, c’est un peu un collage, on accorde tous les instruments au pitch, on utilise des platines qui ont de pitch un peu pus important que les technics, ce qui nous permet de trouver les tonalités qu’on cherche ; il y a beaucoup de hasard, de chance,
Il n’y a pas vraiment de répartition des « instruments », mais Mike sur scène est incontestablement plus doué à la batterie, donc il va plus en jouer que nous, mais Crazy B joue de la batterie de temps en temps, et en studio, c’est vrai qu’on s’est fabriqués nos propres disques pour faire cet album mais il y a pas mal de samples, donc on cherche tous des sons quels qu’ils soient et pas forcément d’un seul intrument ; mais la plupart du temps on ne sait pas vraiment ce qu’on cherche, on écoute des disques, on change les vitesses… Et puis parfois moi je vais trouve un son, on va tous être convaincus que ce son a un intérêt dans le morceau, mais moi je ne vais pas trouver comment alors un autre va l’exploiter, si l’autre peut faire mieux, ce qui importe c’est le résultat.
Tu as un peu répondu à la question suivante : avez-vous fait une recherche dans tous les vinyls que vous avez en stock, puis pressé en vinyl les sons précis que vous utilisez ?
Il y a eu plusieurs étapes : pour l’album on a commencé à maquetter des choses, quand on tombait sur des disques avec des sons qui nous intéressaient on les mettait de côté, on a pressé 2 disques comme ça de sons qu’on a mis de côté, car on utilisait pas mal de vieux disques dont beaucoup de disques de jazz ou disques qui ont une certaine valeur, donc on n’a pas envie de les abîmer, même si la plupart du temps on les abîme… On a pressé aussi des sons qu'on a fait rejouer, notamment des sons de claviers qu’on a fait jouer comme on voulait, des claviers vintage, du rhodes ou d’autres claviers qu’on utilise plus dans l’electro, on a pressé les guitares et les accordéons qu’on utilise pour « Abbesses », et quelques instruments comme ça quand on avait l’opportunité d’enregistrer des potes qui jouaient d’un instrument. Par exemple pour l’accordéon d’ « Abbesses » on avait vraiment envie d’un accordéon, on a eu cette opportunité-là, car un son d’accordéon ça n’est pas forcément facile à trouver isolé.
Quand l’album a été terminé on a à nouveau repressé un vinyle avec les sons respectifs de chacun de nous en séquence, on a défini qui allait faire quoi, pour que chacun ait sa séquence et pour pouvoir refaire les morceaux sans avoir à changer de disque entre chaque son, où on aurait perdu en énergie car le changement de disque prend toujours un peu de temps.
Justement on vous voit souvent changer de vinyle même dans les morceaux…
Pour les morceaux de l’album on ne réinterprète aucun morceau exactement pareil, souvent il y a une nouvelle séquence ou une nouvelle outro, par exemple pour le morceau « Escape » on ne change pas de disque parce que même si on a changé un peu le morceau le disque qu’on avait pressé le permet ; des fois c’est juste qu’il y a des nouvelles parties et sur scène des morceaux qui ne viennent pas de l’album, donc on utilise encore d’autres disques sur lesquels on a trouvé les samples. Le morceau « le chant des baleines » n’a été fait qu’à base de disques originaux, donc là on est obligés de changer de disque à chaque fois qu’on change de son.
Tu parlais de l’accordéon que vous avez fait jouer ; il y a beaucoup de samples comme cela que vous avez fait jouer, que vous avez commandés ?
C’était au début de l’album on avait eu une idée de certains sons, souvent les sons qu’on a utilisés ont été posés sur « Body, mind, spirit », le son de basse en fait c’est un rhodes qui joue des notes basses, il y avait déjà cet espèce d’accord de 3 notes de rhodes qui était lead sur le morceau, l’idée est venue en studio par Ambroise Boré qui a mixé l’album qui a posé le rhodes, c’est venu comme ça, mais ce rhodes-là on l’utilise aussi dépitché dans d’autres morceaux aussi mais on ne le reconnaît pas forcément, c’est un peu pareil pour les autres morceaux : la guitare d’ « Abbesses » a été enregistrée en solo, on a tout repressé pour les poser sur le vinyle, il y avait 6 mn de guitare on n’en a gardé qu’ 1 mn 30 sur le disque parce qu’on sait aussi ce qui va être exploitable sur vinyle pour nous ; des fois il y a des séquences jouées on sait que ce sera pas forcément facilement exploitable ; on a déjà pressé 2 disques, ce qui était déjà beaucoup, alors qu’on aurait pu en faire 4 ou 5, donc il a fallu être sélectif.
D'ailleurs le morceau qui s’appelle « Abbesses », qui est une sorte d’hymne, puisque c’est celui sur lequel les gens accrochent le plus, aussi je sais que vous aimez terminer vos concerts par ce morceau, est-ce un « tube » qui vous échappe ? Quelle est l’histoire de ce morceau ?
Il est un peu né dans la quartier d’Abbesses dans lequel j’habitais quand on a enregistré l’album, et mon voisin de l’époque qui s’appelle Peter Van poel, un artiste suédois qui fait plus de la pop, qui réalise des albums pour Warner depuis longtemps, il fait beaucoup de musique, son album solo vient de sortir et c’est lui qui a enregistré les guitares et les accordéons. Je venais d’arriver dans le quartier, on a rencontré cette personne, on a eu un bon contact, spontanément on a échangé musicalement, il nous a enregistré des notes… Voilà pourquoi « Abbesses ». C’est un de nos morceaux préférés parce qu’il est intéressant à jouer sur scène, en terme de manipulation il y a plusieurs solos, l’accordéon au début, un solo de guitare de Mike, il a un peu tout à la fois, il nous plait, il plait aux gens, et en plus il est intéressant à jouer sur scène.

Tu dis que vous samplez, dans quel style ou quels artistes prenez-vous des sons ?…
A priori on serait en train de se faire tomber dessus pour le premier sample qui aurait été reconnu, mais je sais pas encore pour quel morceau mais il y en a pas beaucoup… Enfin… L’album pour ne pas parler la langue de bois est composé d’environ 90% de samples, mais franchement, soit par la manipulation, soit par le fait que la note n’a plus rien à voir il y en a une grande majorité qui n’est pas facile à reconnaître. Et puis ce n’est pas la même méthode de travail que lorsque tu fais un beat plus hip-hop et que tu fais tourner une boucle… Nos sources c’est beaucoup de jazz, de free-jazz, de musiques où les instruments sont en solo, c’est ça dont on a besoin, une batterie seule, un sax seul, une flûte seule, une trompette seule, une basse seule…
Evidemment, quelques sons sont encore reconnaissables
On est dans un virage où on commence à penser au deuxième album, on sait qu’on va avoir plus de moyens, donc les moyens de faire enregistrer des choses, même si on accorde de l’importance au grain que procure le collage de toutes ces pistes ; quand on a commencé à mixer l’album on s’est rendus compte du plus dû à la manière dont ça avait été fait ; d’une part parce que tout venait de vinyles, d’autre part par la manipulation quand t’écoutes les pistes en solo on entend le bruit de la main sur le disque… Il y a plein de bruits comme ça qui pourraient être parasites qu’on a décidé de ne pas enlever au mix. Si on faisait toute notre musique avec des CD, ou si tout était rejoué ça ne serait pas pareil , on aimerait bien pouvoir continuer à se presser des disques, et sampler un peu, mais bon, on n’a pas complètement le droit…
J’ai tout de même l’impression, notamment pour le concert, que vous partez d’une base musicale programmée, sur laquelle n’apparaissent que les nappes et quelquefois la rythmique, sur laquelle vous vous calez ?
C’est un peu la première interprétation qu’on a trouvée, assez vite après l’album on a eu des opportunités de tourner sur scène, et puis on n’avait pas trop de matos, on ne savait pas trop, on voulait avoir un truc pour balancer des séquences sur scène, pour que ce soit évolutif, du coup dans le speed on a du faire un CD de séquences et on joue par-dessus et on continue aujourd’hui à tourner avec ce système-là, des fois il y a carrément un beat et on fait tous les instruments, la plupart du temps c’est quand même nous. En fait on fait les choses les plus intéressantes en terme de manipulation, donc quand il y a une boucle dans un morceau comme dans « Escape », on en profite pour bien jouer les instruments. C’était une alternative intéressante d’un point de vue pratique, mais aujourd’hui on aimerait bien se détacher de ça pour laisser un peu plus de place à l’improvisation sur scène, ce qui impliquerait soit de pouvoir contrôler des séquences au pied, soit de jouer avec des musiciens, ce qu’on essaie de faire de plus en plus… On aimerait bien évoluer.
Justement, avec quel genre d’instruments vous aimeriez collaborer ?
Tous les claviers d’un morceau jazzy qui s’appelle « Kind of laid back » ont été faits pas Sylvain Mozerte, et il nous a accompagné avec une fille aux percus qui s’appelle Gaëlle. Pour la date officielle de la sortie de l’album on a joué à la Maroquinerie ; on a fait quelques dates avec eux, quand on a eu les moyens de les faire venir ou d’autres choses, comme une nuit zébrée avec Nova, on va essayer de les emmener plus systématiquement, clavier, percus, on fait une grosse date à La Cigale où on aura plus de musiciens, basse-batterie et on est en train de voir pour d’autres choses, puisqu’on a les moyens de réaliser quelques fantasmes sur cette date. Mais après si on devait en choisir, je ne sais pas trop… c’est vrai que le clavier fonctionne bien, même si il est jazz et qu’il n’intervient que sur certains morceaux, nous c’est une partie importante de l’album, sur scène c’est devenu un peu plus dur, mais c’est vrai qu’on commence à faire des concerts de plus en plus long alors on a envie que ça revienne sur scène ; on n’a pas envie que les gens se fassent chier à nos concerts donc on a tendance à donner pas mal d’énergie, et en studio on se rend compte qu'on fait des choses plus downtempo, plus jazzy, donc il faut que ce soit représenté sur scène. Si on pouvait emmener un nombre illimité de musiciens, c’est plus intéressant que d’avoir une boucle, il se passe quelque chose de supplémentaire sur scène…
Peux-tu me parler de votre tournée américaine où vous avez fait quelques dates intéressantes ?
C’était une très bonne expérience, complètement différente de la France où depuis quelques mois on rencontre un certain succès et on est plutôt gâtés par la public, on arrive à presque remplir toutes les salles dans lesquelles on joue, même si on fait beaucoup de festivals dans lesquels on partage la scène, mais on fait de plus en plus de dates presque en tête d’affiche et ça remplit… Et aux Etats-Unis il fallait reprendre le boulot à zéro… Donc c’était une bonne expérience, c’était super roots, on jouait seuls au milieu de 3 ou 4 groupes de rock, c’était linecheck, le groupe finissait ils enlevaient leurs instruments il fallait s’installer en 10 mn… Mais c’était une bonne expérience, on a toujours réussi à accrocher les gens, parfois il n’y a a eu que 20 ou 30 personnes, à New York au Knitting Factory c’était presque plein, 200 ou 300 personnes, mais New York est une ville où on avait déjà joué, où « on existe » un peu plus.
Imaginerais-tu un monde sans vinyle ? Ou comment vivrais-tu si le vinyle n’existait pas ?
C’est un peu paradoxal ce que je vais dire parce que j’en achète tous les jours, mais je ne suis pas un fervent amoureux du vinyl, il se trouve que je suis un peu arrivé dans la musique sur le tard, par les platines, j’ai découvert la culture Hip-Hop, toute la musique black, il se trouve que c’est mon outil, des fois j’achète des disques seulement pour la pochette, mais bon, un monde sans musique serait dramatique, mais sans vinyl, je sais pas…

Si votre musique était un film, quel serait le scénario ?
Je pense chaque morceau a son ambiance propre et que l’album part dans tous les sens.
Par contre, quand on a commencé à créer l’album et à avancer quelques morceaux, on voit pas mal d’images, la musique a tendance à nous évoquer des images voire des scènes, un moment c’était un peu le délire qui n’a pas été mené à bien ; on pensait à le faire évoluer comme le cheminement de quelqu’un, au cours d’une soirée, selon ses envies, ses goûts, selon ce qu’il consomme etc… comme par exemple dans le morceau « Kind of laid back » où l’on entend une ambiance jazz-café, on entend le public, avec le gars qui part au WC, où donc la musique est en arrière-plan, c’était un peu l’idée de l’album à un moment parce que les premiers morceaux c’était « Jazzitathome », « Kind of laid back », « Too much skunk tonight »… après c’est une idée qu’on a oublié… Mais c’est vrai qu’ « Escape » évoque un peu l’ide d’un plan-séquence en bagnole, course-poursuite la nuit… Et d’ailleurs on aimerait bien incorporer un peu d’images sur scène…
Vous avez des envies de produire vos propres sons, pour Birdy ou pour des groupes ou autres rappeurs ?
ça nous intéresserait en tant que Birdy Nam Nam de faire des beats pour des MC’s, maintenant il faut rencontrer la personne, ce qui n’est pas évident, avoir l’opportunité de le faire.
Crazy B a déjà eu le parcours de compositeur que l’on connaît avec Alliance Ethnik, j’ai un autre truc avec un pote qui s’appelle le Drum Beat, on a une certaine ambition, pour l’instant c’est trop au début pour en parler mais on aimerait réaliser un album pour quelqu’un, pas faire un album où on invite plein de gars, on aimerait bien faire un album pour un gars, donc pour l’instant on maquette plein de trucs, moi je bosse ça tous les jours sur la route, quand on est pas en concert je suis avec mon pote, on doit avoir 50-60 beats finis, on attend d’avoir une centaine de trucs qui tournent bien pour faire écouter, on aimerait bien un MC américain par exemple.
Quelle est la chose la plus étrange que vous ayez lue ou entendue sur votre musique ?
Comme ça je ne peux pas dire… J’ai souvenir de comparaisons qui ont pu être bizarres, parfois on nous compare à des artistes qu’on ne connaît pas donc qui ne nous ont pas influencés. Cette comparaison avec Shadow aussi est venue assez vite, mais je ne vois pas pourquoi, parce que ça ne ressemble pas vraiment, notamment dans l’utilisation des samples : il utilise les samples avec des machines comme tout producteur Hip-Hop. Nous on n’a pas l’impression d’avoir suivi une influence de sa part puisqu’on ne travaille pas de la même façon.

Ecouter le jingle antenne de Birdy Nam Nam