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Aujourd’hui c’est en solo qu’ Awadi, l’un des deux rappeurs, arrive pour tirer vers le haut toute cette scène Africaine qui n’a besoin que de s’éclore. Artiste mais aussi gérant du label qu’il vient de monter (« Sankara »), Prix Tamani du meilleur rappeur africain (équivalent des victoires de la musique sur le continent Africain), Prix RFI musiques du monde en 2003, nominé pour les Kora Awards en Afrique, Didier Awadi présente son nouvel album justement nommé « Un autre monde est possible » ; revendication de la culture Africaine, dénonciation des dirigeants Internationaux et Africains et description du mal de vivre de la jeunesse Africaine sont les thèmes principaux de cet album que l’on ne peut que vous conseiller. Voici quelques impressions recueillies après un concert de grande qualité dans la salle du Château Rouge à Annemasse.
Awadi shout out :

PBS c’est fini ?
Non, PBS ce n’est pas fini, c’est une philosophie ça ne meurt pas, tous les artistes de PBS sont en solo ou dans des projets différents, donc on continue l’esprit de PBS, et peut-être que bientôt on fera un autre album.
Et le deuxième rappeur de PBS ?
Doug E.Tee vient de sortir son album solo à Dakar, qu’il est en train de développer aussi.
Quelle différence de travail entre PBS et Awadi ?
La différence c’est que dans PBS chacun amène sa personnalité pour faire la personnalité du groupe ; en tant qu’Awadi, je vais dans une démarche un peu plus militante, activiste, donc forcément le combat panafricain, le combat pour la justice sur le continent, alors que dans PBS on s’ouvre sur beaucoup d’autres sujets.

Tu es donc plus engagé quand tu es tout seul.
Quand je suis tout seul je laisse libre mon esprit militant, chose que je ne peux pas faire avec PBS, bien que PBS soit déjà engagé.
Je me souviens que dans PBS vous rappiez en anglais, en français, en wolof et apparemment en bambara aussi ?
Oui, on mettait beaucoup de langues, en anglais c’était surtout Doug E. Tee qui rappait, moi peut-être je rappais plus en wolof et d’autres mettaient du bambara, parce que le bambara est une langue très parlée dans notre zone.
Au moment de produire ton album tu as fait jouer beaucoup d’instruments ou tu t’es servi de samples ?
J’ai fait jouer beaucoup d’instruments ; j’ai commencé par des samples, mais après j’ai fait jouer un bassiste live sur certains titres, un contrebassiste, des guitares live, kora live, je trouve que ça apporte beaucoup de vie à l’album, on a besoin de faire évoluer le truc, et moi je suis fan d’un producteur qui s’appelle Dré, et je vois comment il fait jouer ses musiciens, je trouve que c’est important même pour la musique en général d’apporter ce côté très humain à la machine, bien que des samples bien joués je respecte.
Du coup sur scène on n’a vu que la kora, pourquoi n’y a-t-il pas d’autres instruments si tu les utilises sur l’album ?
Parce que pour ça il faut un gros budget et pour le moment je n’ai pas le gros budget pour faire la tournée !
Quand tu samples, quelles sont tes influences ?
c’est un peu de tout ; je sample plus des grosses caisses, caisses claires, et quand je sample c’est surtout des instruments que je ne peux pas avoir. Si je veux un instrument comme la kora, je ne sample pas je laisse le gars jouer tout le long, car j’ai besoin de ce feeling-là. Pour moi la MPC doit être un instrument et ne pas faire tout le boulot.
Que préfères-tu dans ton album, qu’as-tu le moins aimé ?
J’aime tout car sinon je ne l’aurais pas sorti ; ce que je préfère c’est « J’accuse » ; je trouve que dans ce morceau il y a tout, et du texte et de l’originalité africaine, et pour moi c’était important en faisant un album au pays de venir avec une identité forte.
Justement dans « J’accuse » tu t’en prends au rêve d’eldorado de l’Occident, et tu sembles t’être inspiré d’un texte historique bien connu…
Oui pour l’Afrique j’accuse, c’est un clin d’œil à ce grand auteur français qu’est Emile Zola, sur une certaine affaire Dreyfus… C’est un morceau dans lequel je voulais rester dans l’aspect dénonciation, mais pas seulement la dénonciation de l’Occident mais aussi l’Afrique, et l’Amérique, un peu partout, et finir par nous-mêmes, jeunes Africains un peu naïfs qui pensons que la solution viendrait de l’Occident, je dis donc qu’il faut qu’on se réveille maintenant.
Pourrais-tu nous parler de la scène Hip-Hop Africaine et plus spécialement Sénégalaise ?
La scène Hip-Hop Africaine bouge beaucoup, là je reviens du Global Hip-Hop Summit qui a eu lieu la semaine dernière à Johannesburg (il cite quelques noms de groupes venant du Somalie, Soudan, Kenya), il y avait des groupes de partout en Afrique, je peux te dire que c’est le seul mouvement qui fait un vrai lien entre l’Est, l’Ouest, le Nord, le Sud, et c’est la seule musique qui existe dans tous les pays ; par exemple en Afrique centrale tu as beaucoup de nombolo, mais le nombolo n’existe pas au Sénégal, alors que le rap existe partout, c’est vraiment la musique qui fait le trait d’union. Quand tu regardes qu’au Sénégal on a commencé en 89 on était peut-être 1 ou 2 groupes, aujourd’hui il y a 3000 groupes, c’est un mouvement social ; grâce au rap les systèmes politiques changent : au Kenya le morceau d’un groupe de rap a été un slogan pour l’opposition pour faire changer le système ; aujourd’hui les gens au pouvoir le reconnaissent ; au Sénégal tout les rappeurs ont dit « allez voter pour qu’on change de système » et en 2000 ça a changé ; donc le Hip-Hop, c’est un pouvoir aujourd’hui.

Ton studio s’appelle « Sankara », en hommage au président Burkinabé assassiné ; pourquoi est-ce ton modèle ?
Parce que c’est l’exemple d’une Afrique digne, intègre, qui compte sur elle-même et qui n’attend pas que tout vienne de l’Occident, qui réfléchit avec des solutions africaines pour les Africains et qui ne croit pas à la duperie de certains pouvoirs politiques.
Comment peut-on lutter contre le piratage en Afrique ?
On a tout essayé… Il faudrait que les gouvernements s’occupent de tout ce qui est culture ; pour eux la culture n’est pas assez intéressante, or si tu n’investis pas dans la culture tu ne crées pas une identité forte ; aujourd’hui tous les musiciens que nous sommes nous allons partout défendre notre pays, nous sommes les meilleurs ambassadeurs de notre pays, on porte le drapeau partout, ils devraient regarder un peu plus au niveau de la culture.
Est-ce qu’en Afrique, il se passe à peu près la même chose qu’en Occident, c’est-à-dire qu’une partie de la scène Hip-Hop perd son côté revendicatif pour produire une musique plus commerciale ?
Ce que l’on disait tous au sommet de Johannesburg, c’est qu’aujourd’hui tu veux voir du rap originel tu viens en Afrique ; le rap dénonciateur, le rap conscient, le rap militant, le rap social, est encore en Afrique, en puissance et en force. C’est bien simple on ne peut pas se permettre de faire du bling-bling parce qu’on n’a pas les moyens d’acheter du bling-bling ; on fait sans prétention ce qu’on a, ce qu’on peut faire, ce qu’on a en notre possession, et ce qu’on a c’est notre réalité avec tout ce que ça apporte de profond ; l’esprit de dénonciation est encore là et on se doit de le faire perdurer, c’est ça qui donne une âme à cette musique et la fait évoluer. Aujourd’hui si le rap est en perte de vitesse en Europe, c’est parce que justement on perd cet aspect dénonciation, cet aspect militant, cet aspect social ; le rôle social du Hip-Hop si on le perd et bien on perd beaucoup de choses, je prie pour qu’on ne rentre pas dans un système à la bling-bling.
Quelles sont les particularités du rap Sénégalais par rapport au reste du rap Africain ?
La particularité du rap Sénagalais c’est que ça chante beaucoup, les refrains sont souvent chantés et c’est assez mélodique par rapport aux autres, les textes sont très sociaux, bien sûr la langue est aussi différente, on essaie aussi d’intégrer certains instruments traditionnels alors que beaucoup n’osent pas, ont peur d’être catalogués World Music ; je leur dis que l’Américain s’il est sur la côte Est il va sampler du James Brown car c’est sa culture, s’il est sur la côte ouest il va sampler du George Clinton, nous on prend notre kora, c’est notre culture, but Hip-Hop is Hop-Hop…
Pour terminer, tes projets ?
On est sur un album qui s’appelle « Président d’Afrique », on a commencé une tournée en Afrique de l’Est, Afrique Australe, Océan Indien, et dans chaque pays on fait des collaborations avec des rappeurs sur une base de discours audio de présidents : il y aura Mandela qui va faire un morceau avec le groupe « Number One », Sankara qui fera un morceau avec Smokey au Burkina et moi-même, Kali Masamba qui a fait un morceau avec Lumumba, il y a aussi des groupes Ghanéens, etc… Donc on a fait un album avec les vraies voix de vrais leaders Africains qui passent le vrai message. Il n’y aura pas seulement l’Afrique il y aura aussi la diaspora car on veut intégrer des gens comme Aimé Césaire, Malcolm X, qui sera dans le projet pour l’Amérique, donc on va voir avec quel rappeur Américain il va faire le featuring, on pense à KRS-One. Il y a des gens qui n’ont jamais été présidents mais que NOUS élevons au grade de président.